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lundi 7 août 2017

Billet estival.



Quelques réflexions constructives sur la vie de l'artisan.

Ce matin, des personnes en promenade à Trôo m'ont fait ressentir combien le métier que je fais n'est plus connu, combien il mérite d'être découvert à nouveau.

Certains gestes semblent inutiles; les raisons de ces gestes ont été perdues avec la génération d'artisans du siècle passé. Ce n'est pas un regret que j'exprime, ni une lassitude; leurs pratiques ont été plus délétères parfois que la pratique, en elle même, de la reliure à partir de 1850, grande date du machinisme.

Voir: https://restaurationlivreatroo.blogspot.fr/search/label/Manuels%20Roret

C'est compliqué d'expliquer que les matériaux utilisés par récupération, alors que c'est une pratique d'atelier depuis toujours, (l'artisan est économe de tout: matériaux, gestes, mouvements), sont réputés dangereux par contamination, en amenant des substances chimiques détériorantes dans un livre, qui, lui, contient en lui même ces substances, et qu'il est inutile d'en ajouter ....

On peut donc faire évoluer la pratique, en faisant, irrémédiablement, évoluer le prix à la hausse aussi.

Soit, on se condamne à ne pas travailler sur des livres dont la valeur n'est, hélas, que sentimentale, et dont l'état ne permet pas une restauration pérenne, une reliure solide.


Il n'est pas rare que j'utilise des chutes qui ne sont pas conformes à ce que nous dicte la déontologie parce que le livre, piteux, en général n'a pas besoin d'un papier de conservation.
J'ai à disposition des annuaires, des publicités et des chutes de papiers anciens qui vont bien et qui m'évitent l'achat de papier neutre.


"Bien qu'utilisé par certains distributeurs de produits de conservation, ce terme n'a aucune valeur officielle . Il s'applique à une certaine catégorie de papiers stables chimiquement pouvant être utilisés à des fins de conservation mais ne répondant pas forcément aux paramètres de permanence définies par la norme ISO 9706.
Les papiers dits « de conservation » répondent au moins aux trois critères suivants :
  • ils sont constitués à 100% de fibres issues de linters de coton ou bien sont fabriqués à partir de pâtes traitées chimiquement en milieu neutre ou alcalin (ce qui les rend quasiment exempts de lignine) 
  • ils ne sont pas encollés à la colophane en milieu acide
  • ils possèdent un pH neutre"

    Source:
    http://multimedia.bnf.fr/actus_conservation/cn_act_num13_art2.htm



L'artisan ne compte pas son temps et reproduit des gestes qui viennent de très loin.
Le cahier des charges a peu changé depuis le 16ème siècle, lui même établi sur les pratiques des monastères au Moyen Age et haut Moyen Age.
Bien sûr, il faut avoir conscience que parfois en 20 ans, d'un pays à l'autre, les pratiques, les évolutions sont fulgurantes et si c'est une affaire commerciale, un "coup" ... elle se répand en Europe.

Le métier que je pratique aujourd'hui est la somme de toutes ces techniques et des gestes qui m'ont été transmis par d'autres artisans, plus les évolutions, transgressions que je me permets parce qu'elles sont légitimes quand elles pérennisent le livre qui doit vivre plusieurs vies, appartenir à plusieurs personnes ... Tout un monde qui a du mal à trouver sa place dans la grande vague de remplacement qui déferle en ce moment avec la technologie.

(En clair: Je ne peux pas faire
"YAKAFERCOMMEçA"
ou "ONAKASIMPLIFIé")

On peut adapter au livre, qui nous est présenté, notre technique, nos interventions, nos analyses, à condition qu'il y ait toujours une raison valable pour justifier un choix plutôt qu'un autre, et en laissant de côté l'argument du prix payé.


Tout est une question de connaissances, de tri, et d'expériences concrètes qui font que c'est un métier.


C'est un autre monde auquel il faut donner beaucoup de temps et d'écoute pour qu'il nous restitue un peu de sa grandeur passée.

Et lorsque l'alchimie se fait parce qu'il y a une qualité d'écoute, de respect de ce que je suis, un artisan qui ne compte pas ses heures bien souvent, qui assume le choix de métier comme un sacerdoce, chacun repart alors à son travail, ses affaires et ses promenades, allégé du poids du monde et du bavardage qui règne en ce moment ... :)

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